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L’étudiant Réda Mérida évoque, dans sa chronique, la révolution en cours dans les écoles d’architecture, qui s’ouvrent à de nombreuses disciplines.

LE MONDE | • Mis à jour le |
Par Réda Merida

Réda Merida, licencié ès sciences politiques et étudiant en master « big data et analyse sociale » à Paris, évoque la révolution en cours dans les écoles d’architecture, qui s’ouvrent à de nombreuses disciplines telles que « l’urbanisme, le paysagisme, la géographie, l’histoire, la sociologie… »

Le 26 mai débutera la 16e Biennale internationale d’architecture de Venise, sous le thème du « freespace » (espace libre). C’est la plus grande manifestation offrant à des architectes, urbanistes et designers l’opportunité d’exposer leurs nouveaux projets ; et cela, jusqu’au 25 novembre.
Pour cette nouvelle édition, c’est le projet « Lieux infinis » de l’équipe d’architectes Encore Heureux qui a été retenu pour représenter le pavillon français. Sa particularité : il présente des expériences mises en place à travers la France plutôt que des projets d’architecture à proprement parler.

« Liberté d’expérimentation »

Les dix lieux choisis par Nicola Delon, Julien Choppin et Sébastien Eymard – dont Les Grands Voisins (Paris) et La friche La Belle de Mai (Marseille) – sont « le fruit d’initiatives de la société civile et de collectivités, qui incarnent une certaine liberté d’expérimentation et des possibilités offertes par l’architecture », peut-on lire sur le site du ministère de la culture.
Ce choix s’inscrit dans une vision particulière de l’architecture, pluridisciplinaire, à l’intersection de la technicité que le métier demande et de la compréhension des agents qui occupent l’espace.

En France, 22 écoles reconnues par l’Etat et l’ordre des architectes forment au métier d’architecte, avec un parcours qui se conforme désormais au modèle universitaire européen LMD (licence-master-doctorat). Des milliers d’étudiants en sortent chaque année, qui non seulement dessineront nos bâtiments, mais imagineront nos espaces et ré-inventeront nos villes.
Pour avoir leur avis sur la question, j’ai rencontré Clément Marteel, étudiant en architecture passé par Rennes et Paris. « Ça tombe bien ! », commence-t-il par me dire, car son mémoire sur le retour au fleuve dans les villes traverse plusieurs thématiques : « Il touche à l’urbanisme, à l’architecture, au paysagisme, à la géographie, à l’histoire, la sociologie, la faune, la flore, le territoire, l’économie, etc. ». Il milite pour dépasser « l’architecture image », plus spectaculaire, pour aller vers une « architecture réfléchie », qui ne comble pas le vide mais le crée.

« L’important ce n’est pas de dessiner de beaux plans avec des logiciels en 3D seulement, il faut que ce soit des espaces d’échange, de vie, d’interactions et de représentation, comme Beaubourg », me dit-il en montrant le centre Georges-Pompidou derrière nous. Lui qui a dessiné des classes de cours pour les migrants de Grande-Synthe (Nord) met en priorité l’aspect fonctionnel pour chaque projet architectural qu’il réalise.

Sur sa formation d’architecte, il se dit plutôt satisfait du contenu de l’enseignement : « La particularité des études d’architecture en France, c’est la diversité des cours, on étudie la sociologie, la philosophie et d’histoire, c’est excellent. »
L’avis de Lina Skalli, étudiante en dernière année à l’Ecole nationale supérieure d’architecture de Paris La Villette, a un avis plus mitigé. Pour elle, « c’est du spectacle ». Elle met en cause le manque de mise en relation du savoir théorique et du savoir pratique. « En licence, dit-elle, j’ai eu des cours de géographie, sociologie, philosophie, histoire de l’architecture, histoire du logement. […] On te montre qu’il y a une variété de cours géniale, sauf que les cours ne sont pas reliés entre eux et ils ne sont pas du tout connectés aux projets d’architecture, qui sont les plus importants, en termes de crédits et de création ! »

« Gouvernance territoriale » revisitée

Selon elle, en plus de la curiosité personnelle, le professeur qui assure l’enseignement participe grandement à l’ouverture de l’intérêt des étudiants aux autres dimensions qui concernent les projets d’architecture. Aussi, la mobilité internationale y est pour quelque chose. « Durant mon Erasmus à Rome, j’avais la liberté de choisir n’importe quel cours, j’ai tout expérimenté ! », raconte-elle.
Son mémoire de master sur le sujet « repenser l’urbanisme » propose une réponse à la « gouvernance territoriale » française à l’aune de celle mise en place en Toscane. Et justement, il préconise de casser l’étanchéité qui existe entre les disciplines en France pour recréer une gouvernance territoriale qui touche à tous les aspects sociétaux et non uniquement la morphologie du bâtiment.
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Pascal Le Brun-Cordier, fondateur du master 2 « Projets culturels dans l’espace public » à Paris-I-Panthéon-Sorbonne, souscrit à cette vision. Il reçoit plus d’une centaine de candidatures chaque année, dont beaucoup de personnes déjà diplômées en architecture ou en urbanisme qui candidatent car elles n’envisagent pas de pratiquer leur métier de manière classique. « Ils ont tous les outils en main pour être archi ou urbanistes mais considèrent qu’il leur manque quelque chose, observe l’enseignant. Ils veulent découvrir comment avec les artistes et les acteurs culturels, on peut inventer des villes plus stimulantes, inspirantes, désirables, inclusives, créatives, intéressantes. »

Cette transformation du métier d’architecte et d’urbaniste, et également des formations qui tâchent de s’y adapter, s’inscrit dans une tendance générale, celle de la recherche de sens et de valeurs dans la vie professionnelle de la part de la nouvelle génération. Tel est le nouveau défi.

Par Réda Merida
Publié Le 24.04.2018 à 16h24