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Sept cents scientifiques de soixante-quinze pays ont récemment échangé à Montpellier sur des pratiques « climato-intelligentes ». Leurs propositions seront soumises au sommet sur le climat, en décembre, à Paris.

Double défi
Le concept de CSA, Climate Smart Agriculture, est né en 2010 aux Pays-Bas lors d’un sommet de la FAO, l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture.
« La communauté scientifique agricole internationale, qui travaillait sur les questions de sécurité alimentaire, s’est trouvée brutalement confrontée au phénomène du réchauffement climatique, explique Emmanuel Torquebiau, chargé de mission climatique au Cirad (1) à Montpellier. Il fallait aborder les deux problèmes de fond en même temps. C’est le point de départ de la Climate Smart Agriculture. La FAO l’a traduite en français par « agriculture climato-intelligente ». Au Cirad, nous parlons d’agriculture intelligente face au climat. »
Elle repose sur trois piliers : la sécurité alimentaire, l’adaptation au changement climatique et la résilience, la capacité à s’adapter aux aléas météorologiques.

Victime et coupable
L’agriculture est victime du réchauffement climatique à cause des pertes de rendements et des sécheresses plus fréquentes.
Elle est aussi coupable, car elle rejette 24 % des gaz à effet de serre liés aux excès d’engrais minéraux, à la mauvaise conduite d’élevages et à la riziculture inondée. Les bactéries présentes naturellement dans les rizières relarguent beaucoup de gaz carbonique.
L’autre gros pourvoyeur de gaz à effet de serre est la déforestation. Elle pèse pour près de la moitié des émissions liées à l’agriculture.

S’adapter
Le réchauffement touchera davantage les tropiques que les zones tempérées. Sur ces terres déjà vulnérables, les paysans devront décaler les dates de semis, mélanger les espèces et même déménager les cultures d’une zone à l’autre. Leurs collègues du Nord devront aussi s’adapter à la hausse de 2 degrés attendue en 2050.
Leurs efforts porteront en particulier sur le stockage du carbone dans les forêts, les cultures et la matière organique du sol. Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture présent à Montpellier, veut mettre le stockage de CO2 grâce à l’agroécologie au coeur des discussions au sommet mondial sur le climat à Paris en décembre 2015.

L’alliance fait débat
L’alliance internationale pour l’agriculture climato-intelligente a été scellée lors du sommet sur le climat à New York, le 24 septembre 2014. Le gouvernement français y participe aux côtés des instituts scientifiques, l’Inra, le Cirad et IRD (2).
L’agriculture dite de conservation avec le non-labour, les couverts végétaux, les rotations, a une grande carte à jouer dans le stockage du carbone. « Il faut désormais changer les politiques agricoles et financières pour porter cette agriculture », soulignent les participants au colloque de Montpellier.
Attac et la Confédération paysanne condamnent la toute jeune alliance où figurent des géants de l’agriculture industrielle, comme les États-Unis et le Brésil. Elles estiment que l’agriculture climato-intelligente est un cheval de Troie pour les firmes de l’agrobusiness.

(1) Le Cirad est l’institut de recherche agronomique au service du développement des pays du Sud et des régions d’outre-mer.
(2) Institut de recherche pour le développement.

Jean-Paul LOUÉDOC

Ouest-France Actualité du jour
Lundi 11 mai 2015

  • Part de l’agriculture en % de rejet de gaz à effets de serres 24%

Nombre de degrés de hausse des températures d'ici 2050