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P1070708Anne Audran conçoit et réalise des jardins thérapeutiques pour les Ehpad de Bretagne et des Pays de la Loire

Comment mettre en place un jardin thérapeutique dans un établissement ? Nous échangeons avec Anne Audran, paysagiste et conceptrice de jardins thérapeutiques et de parcours sensoriels pour les maisons de retraite ou Ehpad en Bretagne et dans les Pays de la Loire. Découverte de cette professionnelle passionnée par son métier et la création d’espaces de vie.

  • Bonjour Anne, pouvez-vous nous présenter votre activité de conception et réalisation de jardin thérapeutique ?

“Créée en 2009 l’agence Jardins d’Anne A. développe son activité de conception et d’aménagement paysagé à toutes les échelles de projets : privés, publics, à l’échelle d’un jardin ou à celle d’un territoire.

Je travaille de plus en plus régulièrement auprès des EHPAD  et j’interviens spécifiquement sur l’aménagement de jardins sensoriels et de parcours de santé. Ces jardins s’adressent à tous les résidents, même si initialement ils étaient plutôt destinés aux résidents atteints de la maladie d’Alzheimer.

Mon travail consiste à concevoir ces lieux très spécifiques en répondant aux objectifs du projet d’établissement et du projet de l’équipe des aidants et soignants (ergothérapeute, kinésithérapeute, animateur sportif, cadre de santé, aides-soignantes, médecin,…).”

  • Comment avez-vous eu l’idée et l’envie de développer cette activité ? Quel est votre parcours ?EHPAD-Chateaugiron

“Il n’y a pas eu d’idée préconçue au départ, mais plutôt une succession de rencontres et d’expériences qui m’ont conduite à m’intéresser de plus en plus à ces questions.

En tant que paysagiste-concepteur, j’ai eu l’occasion de mener un travail expérimental sur la composition d’espaces végétalisés en milieu hospitalier (hôpital de Lyon Croix-Rousse) qui prenait en compte une double problématique de plantes peu ou pas allergisantes et de plantes possédant des vertus médicinales.

C’est Elise Mallet, alors stagiaire directrice chez M. Barbé, à l’EHPAD de Chateaugiron  qui m’a contactée en 2010 afin de réaliser un projet de jardin sensoriel depuis longtemps porté par l’équipe (Mme Vobmann, Cadre de Santé, en particulier). Sur la base d’un parcours sans fin, ce jardin sensoriel destiné aux résidents Alzheimer a été imaginé en concertation avec l’équipe à toutes les étapes de la conception et livré en 2011.

Par la suite, d’autres directeurs d’EHPAD m’ont contactée afin de les accompagner dans leur projet de jardins sensoriels, et aussi de Parcours de Santé Seniors (PASS). M. Barbé, directeur de l’EHPAD de Chateaugiron a été notamment un relais formidable pour faire connaître le travail réalisé et mon savoir-faire dans la conception de ces espaces très spécifiques.”

  • Comment présenteriez-vous les jardins sensoriels ou thérapeutiques ? Quels sont les bienfaits sur les personnes âgées, le personnel, les familles ? Comment se traduisent-ils ?

P1070704Un jardin sensoriel est d’abord un jardin. C’est un lieu de vie qui doit répondre à des objectifs d’usage (accès, circulations, sécurité…), mais aussi et surtout doit apporter un bien-être ou un mieux-être aux résidents. C’est aussi un lieu de convivialité dans lequel se retrouvent les familles. Elles y partagent des moments agréables avec leur proche (profiter du soleil, des plantes, d’une promenade, d’un moment de détente sous la pergola…). Les enfants doivent pouvoir y jouer, y courir, c’est un espace intergénérationnel.

On parle plus volontiers de jardin sensoriel que de jardin thérapeutique, car même si l’objectif de soin est sous-jacent, il s’agit plutôt d’un lieu qui va favoriser l’émergence de sensations par la stimulation des 5 sens : la vue, le toucher, l’ouïe, l’odorat, le goût.

Les jardins sensoriels que je conçois sont donc des espaces qui vont mettre en jeu des dispositifs permettant un «travail» des résidents sur ces différents ressentis (matériaux de texture, de couleur ou de bruits variés, plantes à toucher, à sentir, à goûter …). Les plantes et les matériaux disposés dans le jardin sont autant de stimulations cognitives qui peuvent faire ressurgir des souvenirs beaucoup plus efficacement que les mots. Les notions de temps et de repères spatiaux sont également abordées dans ces jardins, grâce au rythme des saisons, l’évolution des végétaux, les dispositifs et mobiliers permettant de se repérer.

Pour le personnel de l’EHPAD, ces lieux sont des espaces d’échange, d’animation qui permettent de nouer une autre relation avec les résidents et ceci en sécurité, car le jardin est clos.”

  • Concrètement, comment travaillez-vous avec les établissements pour mettre en place le jardin ? Après la mise en place, comment se passe l’entretien du jardin ?

“La mise en place du jardin correspond à une double phase : de conception, d’abord, puis de travaux, ensuite. La  concertation entre le paysagiste concepteur et l’équipe de l’EHPAD engagée dans le projet est absolument nécessaire pour réussir la réalisation du jardin ou du PASS. En effet, les objectifs ne sont pas toujours les mêmes d’un établissement à l’autre. Il faut donc pouvoir s’adapter et prendre en compte chaque demande de manière particulière dans l’intérêt et au service des résidents.

Les réunions d’échange permettent donc de définir le projet et de proposer un plan d’aménagement détaillé qui sera validé par l’ensemble de l’équipe.

La phase de réalisation comprend un appel d’offre auprès des entreprises du paysage qui seront à même de réaliser le projet avec le meilleur rapport qualité/prix. Une surveillance étroite du chantier est indispensable afin de le mener à bien, dans des conditions optimales de sécurité pour les résidents.

Après la réception du chantier, l’entretien du jardin est assuré par les équipes techniques de l’EHPAD, ou plus rarement par une entreprise extérieure. Afin que le suivi soit efficace et que le jardin reste beau, un carnet de gestion et de suivi est remis aux équipes chargées de l’entretien. Je reste joignable, même après la livraison du jardin, afin de répondre aux questions que les équipes pourraient se poser.”

  • Pour les établissements, la question financière arrive rapidement lorsqu’un tel projet est envisagé. Comment aidez-vous les établissements à débloquer des fonds pour financer le jardin ?

“L’étude du jardin sensoriel ou du PASS est très complète et permet d’alimenter le dossier de demande de subvention auprès de différents organismes (ARS, fondations, associations …).

Elle comprend :

  • un plan détaillé de l’aménagement du jardin ;
  • un carnet de détails portant sur la palette végétale et sur le mobilier, les agrès, les matériaux choisis ;
  • un estimatif détaillé du coût du jardin.

Tous ces éléments sont une aide précieuse pour obtenir des subventions, car ils permettent de présenter le projet de manière très précise.”

Merci beaucoup Anne pour votre temps et pour tous ces éléments qui donnent envie de profiter de tels espaces.